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[30/11/2007 14:34]
Pourquoi j'ai honte



Je me sens sale et honteuse, je me sens mal. Je voudrais décrire cette saleté qui me dévore, cette idée de mort. Je voudrais décrire cette envie de détruire. Je me sens fragile et je suis incapable de gérer mon passé, je suis incapable de prendre le dessus sans renfiler ma carapace.

Pourquoi je me sens si souillée. Parce que j’ai menti, parce que j’ai transgressé, parce que j’ai trahi. Je suis le repentir de mon moi, et je crève d’envie d’effacer tout le tableau, de recommencer mon existence. Mais mon conscient m’interdit mon subconscient, le non-soi étouffe mon moi. Et je me noie dans la tristesse, et je m’enfonce dans la faiblesse. Ce point ventral guide le cérébral, je tournoie, je fulmine, je m’incrimine, je construis ma honte. Stop ! J’avais le droit de décrocher, quelqu’un m’a pris ce corps et cet esprit, ce corps qui pêche mais qui résiste, qui m‘a lâché mais j‘insiste, cet esprit malsain qui m’a trahi, qui réfléchit, qui m‘embobine. Mon corps me renvoie l’image de la débauche, mes pulsions érotiques me plongent dans l’angoisse de la prostitution et mon esprit ne résiste plus à l’envie d’abattre ces deux ennemis, simplement les battre et les abattre, leurs insuffler une souffrance, lapider leurs pouvoirs. Ils seraient morts et je serais propre, ils seraient anéantis et moi plus forte.

Quand je droguais mon corps, j’annihilais presque tout : la peur, la douleur, l’angoisse, la souillure, l’odeur. Je donnais mon corps en pâture parce que la drogue n’était pas assez puissante pour résister à mes pulsions, je donnais ce corps pour le punir de m’avoir trahie, pour lui infliger la douleur que je portais. Aujourd’hui, c’est cette faille qui s’ouvre, qui m‘attire, et me tire, c’est cette faille que je dois laisser ouverte pour guérir, mais fermée pour me sauver de ce pouvoir maléfique qu‘a mon esprit. Je donnais mon corps juste pour une pulsion, et lui ne me rendait rien, aucune satisfaction. Je donnais mon corps pour l’anéantir, et même là il n’est pas mort. Je ne peux plus donner ce corps qui n’est plus mien. Je veux d’abord me l’approprier, pour le donner dans une vraie beauté, pour le donner à la faveur de mes envies et non de sa demande à lui. C’est pour cela que je veux l’arracher, le mutiler, le tuer, pour prendre un autre, un vrai, un juste. Pour ne plus l’entendre crier, pour ne plus le sentir me plier, je veux sortir de ce corps. Il me donne des nausées, il m’empêche d’exister et il détruit mon ego. Je donnais mon corps pour ne plus entendre l’érotisme crié, pour ne plus avoir à penser à la sexualité. Encore aujourd’hui, je n’ose en parler. Pudeur ou tabou, croyances avérées ou construites, le sexe tourne en compulsion, je ne sais m’épanouir. Je porte la honte de penser, d’y penser. Je ne voudrais que me donner pour le donner et ne plus avoir à l’entendre demander d’assouvir ses pensées, cette compulsion devient plus forte que mes envies et mes besoins, je n’arrive plus à refouler cette perversion. Je porte une odeur de sang, de mort, de sale. J’ai beau me laver, je sens, j’empeste, même mes sens me trompent. Alors ce sentiment de honte que je dégage se renforce et me force à devenir non existence.

A travers ce corps, on me devine, voilà d’où vient ma honte. Je montre, je fais sentir que je ne suis plus, je baisse les yeux, je fuis les regards. Personne n’a voulu voir ma douleur mais tous ont su, personne n’a voulu m’aider, ils ont juste méprisé ce corps, corps maigre, invisible et honteux. Corps insensible, inacceptable et miroir. Oui miroir. Miroir d’une vie tragique, que les autres ne voulaient comprendre parce que comprendre l’autre c’est se comprendre soi, comprendre la honte, c’est comprendre le mépris, l’inexistence. Je n’étais pas, je n’es jamais été, aujourd’hui je deviens, et aujourd’hui d’autres me rejètent. Et ça je l’accepte. J’ai besoin de me laisser aller pour me libérer, j’ai besoin d’être entendue et consolée pour avancer, j’ai besoin d’être acceptée pour exister. Parce que je commence à vivre, parce que quelqu’un me souffle la vie, parce que quelqu’un me voit, parce que je n’ai aucunement besoin d’être encore rabaissée, encore méprisée. Pour accomplir tout cela, j’ai juste besoin de dire et d’écrire, j’ai juste besoin de hurler comme un enfant qui naît, pour appeler la vie, appeler l’envie d’une vie, cracher les démons, taire les délires et me repentir d’une culpabilité certaine. Je me suis construite comme j’ai pu, dans une ignorance avérée, cause principale d’une agression « recherchée », puis l’aveuglement les a endormis, mon esprit s’est abasourdi et m’a poussé vers le risque, vers la mort. Il est l’heure maintenant d’entamer un processus de construction, le « re » étant inutile, les murs n’étaient pas là.





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