Alors ça c’est une notion pas simple à réfléchir. Dictée par la peur, je n’ose rien dire parce que si le résultat s’avère négatif, je file droit vers la mort. Mais non c’est impensable, si je me pose la question c’est que la vie est en moi, et si je suis encore là c’est que je porte une vie, une existence. Et cette existence est la position dans ma vie, où suis-je, où vais-je ? L’existence doit être essence et moi je suis chose parmi les choses. Mais voilà, jusqu’à aujourd’hui panne de gasoil je végétais, et ce matin j’essaie de remplir ce réservoir. Avec quoi, avec qui, et pourquoi, et comment ? Irrationnel, abstrait, et pourtant si réelle, l’existence je la touche mais ne la vois, je la sens mais ne l’entends. Dans les aspect physique, affectif, émotionnel, je ne peux lui apposer une image, elle se veut virtuelle. Elle me fuit depuis toujours, dans mon corps et mon esprit, elle me fuit tout le temps, dans mon temps, dans le temps. Mais il arrive un jour où je l’attrape, c’est aujourd’hui que je commence ma réflexion de l’existence, aujourd’hui que je me pose la question « Pourquoi j’existe ? ».
Souvent j’entends plaisir de vivre, plaisir de manger, plaisir tout court. Est-ce cela ? Ou bien, est-ce le bonheur tout simplement ? Mais quel est ce but, se sentir bien, se sentir vivre. Donner et recevoir, ça me remplit de joie, c’est une source d’énergie : alors c’est exister. Mais aux yeux de qui, de quoi ? Les vôtres ? Les miens ? Je ne m’aime pas et je devrais exister, je me sens aimée et je devrais apprécier. Mais je ne peux pas puisque je n’existe pas encore. Je ne suis pas née, je suis encore dans ma coquille. Ca vient, doucement, mais ça vient, la coquille s’entrouvre, un jour, deux jours, puis se referme. Brrr ! Quel monde horrible, il fait froid, les humeurs sont froides, les gens sont froids. Personne ne peut me réchauffer, je n’existe pas. Il faut naître et affronter pour recevoir la chaleur humaine. Hem ! Je doute de moi, je doute des autres sur cet aspect. Mais bon, va bien falloir avancer là-dessus.
Alors je me positionne en capacité à vouloir naître et me dis : « que viendrai-je faire sur terre ? Pour qui ? Pour quoi ? Et pourquoi ? ». Que pourrais-je venir accomplir sur terre ? Aimer et recevoir beaucoup d’amour. Ah oui ! Ça c’est primordial, je veux recevoir absolument tout l’amour possible. Et là, patatra, j’ai envie de me cacher, de sauter dans ma coquille. Je dois jouer un rôle, ça c’est très délicat, je ne sens pas actrice de ma vie et pourtant je tiens le premier rôle. Vite je dois ressortir, vite je dois courir vers la vie. Pff ! Je l’attrape et je l’accroche pour qui ? Pour moi, ça c’est vite dit. Pour mon enfant, oui. Pour la personne que j’aime, certainement. Pour les autres, moins sûr. Ca suffit à s’accrocher, c’est déjà pas mal. Mais l’amour ne suffit pas à mon existence. Alors pour quoi ? Pour aimer, encore ! Pour apprécier l’humanité, ouh là, ça c’est beaucoup demandé. J’aime discuté et partagé un peu, mais j’aime surtout vivre en autarcie, alors apprécier l’humanité, ce n’est pas gagné. Je porte une image plutôt négative du genre humain, des sentiments de rejet, de violence, de mépris et d’égoïsme, alors je nie l’existence du pour quoi. Sartre disait que l’homme est contraint de vivre avec les autres pour se connaître et exister mais que la vie avec les autres prive chacun de ses libertés. Alors pourquoi je vis puisque je n‘apprécie pas les autres. Parce que je n‘ai pas de liberté, parce que je me prive de ma liberté. Je vis parce que je voudrais aider les autres, comme moi, qui ne se sentent pas protégés, pour les porter un peu, pour les protéger. Et puis je vis aussi pour comprendre toutes ces choses abstraites, toutes ces croyances qui nous forgent l’esprit, pour amener ma part de vérité à la compréhension de l’autre. Je m’apporte sur cette terre pour apprendre à être, à vouloir, à savoir. Je me dépose dans cette humanité afin d’approfondir les réponses à mes questions, afin de partager mes idées, je me dépose délicatement pour vivre un peu dans la tendresse, la délicatesse, je me dévoile discrètement pour devenir visible, je m’ouvre aussi pour accepter les émotions, essence de la vie. Je me libère de ma coquille pour atterrir dans le no man’s land, et là j’ai peur. J’acquière une liberté que je m’interdisais, et j’ai très peur, je doute de moi, je doute des autres, je me sens infiniment petite, inexistante et pourtant je dois exister. Je suis ce que je sais, je voudrais être autre. Ma seule défense : l’écriture. Ma seule protection : ma coquille. Ma seule solution, être en confiance avec moi-même et les autres. Aujourd’hui, je n’ai confiance qu’en mon amie et ma thérapeute parce qu’elles ne me jugent pas. Parce que ces deux personnes me font exister, alors un jour je pourrai laver ma honte, un jour je pourrai naître, exister et être, alors un jour je pourrai me faire confiance.