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06/11/2007 22:42
Crier sa douleur pour la taire (0 commentaire)

J’ai vécu la souffrance, j’ai supporté la peur, j’ai éprouvé la honte et j’ai enduré la violence, la culpabilité, parce que je me suis sentie trahie, humiliée, salie, injustement violée. Il m’a dit « c’est ça l’amour  », il était adulte, je l’ai cru. J’ai alors bridé mon esprit pour bridé mon corps car je ne l‘acceptais plus, j‘ai dissocié la tête de ce corps car il n‘était plus mien. Je ne pouvais entendre les signes d’alarme et ce fut la descente aux enfers : anorexie, démission de l'école, agressivité. Il reste encore ces sentiments de saleté et de culpabilité, d'humiliation et d'injustice mais je réussis enfin à mettre des mots sur les maux, à entendre ce cri qui s’échappe d’un corps qui s’efface, à retrouver une identité perdue, à vivre.

Je me suis imposée ma douleur en ne nourrissant plus mon corps, j'ai crié ma douleur en montrant mon corps. Mais personne n'a voulu ouvrir les yeux, je m'effaçais petit à petit, je devenais invisible. Physiquement, je ne l'ai pas sentie cette douleur parce que j'avais coupé mon corps de mon esprit, il ne m'appartenait plus ce squelette, il me rappelait tout ce que je ne voulais pas voir. Ils ne voulaient pas le voir ce tas d'os, ils ne voulaient pas souffrir.

Cette effacement par l’anorexie me semblait le seul refuge, la seule parade, le seul mode de survie, la seule armure et aussi le seul signal compréhensible pour les autres dont on espère encore le soutien, la compassion, le soulagement de la charge toujours plus lourde, de la survie face à ce qui demeure hors des mots, hors du langage. Je mérite de vivre, je suis un être humain, j’ai une âme, des pensées, je ne peux être considérée comme un objet que l’on utilise, j’ai perdu la possession de mon corps mais aussi de ma personnalité, je suis devenue une chose qui ne pensait qu’à survivre et essayer de son mieux de se protéger.

Aujourd'hui je cris ma douleur pour la taire à jamais.





18/11/2007 15:07
Le lien de sang (0 commentaire)

Je suis née un jour parce que 2 êtres ont voulu créer la vie. Je suis née un jour parce que ces 2 personnes ont désiré accomplir leur mariage par un enfant. Je ne suis pas désirée de l'amour, contrairement à la grossesse "par accident", je suis désirée par la normalité d'une vie. Où est le véritable aboutissement de cette vie ? Je fus conçue, certes, mais pourquoi, pour qui, pour quoi faire ? Porter les travers de deux vies antérieures, vivre avec une lourde psychogénéalogie, et donc conditionner à l'infini mon moi, mon soi et mon futur.

Je porte un fantôme transgénérationnel qui jamais ne parlera, car secret refoulé, non-dit, un traumatisme certainement, un calvaire peut-être, ou crime de l'humanité. Ses lacunes des autres restent en nous, conditionnent ses idées, forgent un caractère inadéquate à la personne. Le parent porte ce fantôme, et le transmet, le parent a vécu ce fantôme et le transmet aussi. Que penser d'une mère disant à son enfant "je t'aime" avec une voix agressive ou un geste brusque, pourquoi cette double contrainte engendre un paradoxe entre les mots et les gestes, une incohérence impossible.

Tant que demeure un équilibre certain entre la justice et l'équité au sein d'une celulle familiale, il y a affection et respect d'existence. Mais si cette justice est remplacée par de la mauvaise foi, alors apparaisse injustice, ressentiments, compétitivité. Ces dettes émotionnelles laissent place à une culpabilité sous-jacente qui sape l'équilibre de la celulle, alors survient rancoeurs et colères refoulées. La balance pèse trop d'un côté, la transmission génétique se fabrique puis se transmet.  Ce postulat de base reste inscrit dans les gènes et se déclenche lorsque la mémoire de ce stress est ravivée par un conflit personnel, par une agression exterieure, il se décrit comme une traduction biologique d'un conflit non résolu, conflit inscrit dans l'aura de chacun.

Le secret est important pour garder une intimité, mais il est aussi destructeur car il peut se retourner contre soi-même. Le Baron d'Holbach a dit : « Le plus sûr moyen de tromper les hommes et de perpétuer leurs préjugés, c'est de les tromper dans l'enfance .» Vivre en élaborant un scénario contraire reste toujours une vie en fonction de ce scénario. Pour accéder à la liberté de soi, il ne faut pas prendre le contre-pied car ce serait toujours vivre dans la comparaison, il faut devenir conscient pour atteindre cette liberté. Chacun doit pouvoir débarasser ces propres fardeaux pour ne pas les charger sur son enfant, pour ne pas donner en héritage des lézardes dans la construction.

Ce poids transgénérationnel m'a enfermé dans un carcan qui s'ouvre aujourd'hui pour me libérer de mes traumatismes, pour laisser échapper leurs troubles, pour accéder à la liberté. Il a fallu 35 ans de vie pour comprendre la vraie vie, il a fallu une enfance caractérielle, il a fallu un traumatisme physico-psychologique à l'adolescence, il a fallu une psychothérapie, il a fallu dresser un mur entre le géniteur et sa progéniture, pour enfin parler, éprouver, manger, pour aboutir à la Libération.





20/11/2007 23:21
La dépression, cette drogue (0 commentaire)

Je la sens en moi, douleur profonde,qui me pince, me lie, me dope. Un magma puissant reste emprisonné dans les abîmes de mon corps. Personne ne peut connaître ce ressenti, personne ne comprend cette sensation étrange et juste, sournoise et forte. Elle me shoote, me tue, m'emmène loin dans les profondeurs ténébreuses de mes tripes, parce que je le veux, je le vis, je suis. Elle est à moi et je lui dis, elle est à moi, je la dénigre, elle est à moi et je la crois parce que je l'aime depuis trop longtemps, elle m'accompagne en toutes circonstances, elle me dirige dans l'abîme, encore plus fort, plus loin, encore nouvelle. Je ne m'ennuie pas avec elle, elle sait toujours me surprendre.

Mais longtemps mon amie, elle est aujourd'hui dans l'oubli parce que j'ai décidé de l'abandonner à son triste sort. Oui toi, ma dépression, je te quitte, je coupe ton cordon. Tu n'es plus le lutin malin, je ne désire plus ta béquille, je me lance dans la vie, la vraie. Je vais me désintoxiquer de toi parce que tu n'es que mirages. Tes rêves furent des cauchemars, mes envies, tu les freinais, mes espoirs, tu les soufflais, mes amours, tu me les volais, sauf le dernier, héhé ! oui car je ne résistais pas à toi mais elle si, alors elle aura eu raison de toi. Je n'avais pas le choix : toi ou elle. J'ai fait ce choix : elle. Tu pensais pouvoir m'ensevelir sous tes tentures, tu pensais pouvoir m'attraper avec tes sentiments et tes sensations étranges. Point que non, je suis moi, j'ai un corps et je fais ma vie : être, avoir et faire, camp de base d'une contre-dépression.

Comment ai-je pu me complaire en ton sein, comment ai-je aimé être guidée, comment ai-je réussi à venir jusqu'ici ? Après réflexion, discussion, thérapie, je comprends mieux cette complaisance vicieuse. Je me sens bien quand je suis mal parce que quelqu'un s'occupe de moi, parce que quelqu'un voit que j'existe. Je me sens bien quand je te laisse prendre la puissance parce que tu produis ta drogue qui inhibe les pensées de peurs, de risques, une drogue qui suit l'adage "chacun suffit à soi-même", une drogue qui endort l'esprit, le corps et le raisonnement, en bref, une drogue dure, qui sait provoquer le manque dès qu'un envol se dessine, qui sait anesthésier les sens dès qu'une idée de l'ordre du bonheur m'aborde, qui sait métamorphoser mon caractère dès qu'une personne entre chez moi, qui sait me souffler mes besoins de faim et de plaisir, qui pousse au loin tout être vivant désirant s'approcher. Mais tu n'es pas la mort, dépression ! tu es juste drogue, tu es seringue qui pousse sur le chemin de la mort, mais tu ne décideras jamais de ma fin, tu es morte pour moi.

Se complaire dans la dépression : oui, on s'y complait. Mais seul un être sur la bonne voie peut comprendre parce qu'il a du recul et qu'il veut entendre. Se sentir bien dans son trip pour y rester, un dépressif et son moral, un toxico et sa coke, l'image est exactement la même, il faut juste vouloir l'entendre et la comprendre.





26/11/2007 15:16
Brouillard d'une cervelle (0 commentaire)

On gratte la première couche et on remarque :

le brouillard qui occulte les pensées, qui crée la douleur, qui fait fuire le dialogue.  Il nie le progrès de la civilisation et de la nature humaine.

 Il est le pessimisme qui engendre les conflits parce que dans le brouillard, il est difficile d'accepter le dépassement, il est difficile d'accepter la moindre réflexion, il est difficile d'avoir tort.

Il est plus fort que les mots des maux parce que trouver ses mots dans le brouillard c'est comprendre ses maux dans son corps.

Il est le noir de la pensée, le sordide de l'idée, le cauchemar du dépressif parce que dans le brouillard, trouver ça route relève du défi.

Sans lumières, sans appuis, sans garde-fous, nous drôles de fous, nous mêlons tout, amalgame en tout genre, nous prenons tout, mais gare à la traduction. Nous rapprochons, nous accrochons, et hop ! nous transférons, ailleurs, nul part et partout. Nous mélangeons, nous imbriquons, et le cocktail explose ! Au pied de la lettre, nous comprenons, au travers des lignes nous dédaignons. Facile,  me diriez-vous, danger aussi me souffleriez-vous : mais ce n'est pas moi ! C'est le brouillard de ma cervelle. 


26/11/2007 16:12
Ma culpabilité et ma honte (1 commentaire)

Elle a subi, elle se sent coupable. Elle ne s'est pas battue et elle est coupable. Comment pourrais-je sortir de ce cycle infernal ? Je suis responsable, peut-être, je ne suis coupable de rien. Ca c'est la théorie, en pratique c'est bien différent. J'ai toujours pris cette agression comme une punition, voilà pourquoi je me sens coupable. Or la culpabilité paralyse et altère le plaisir, elle met un frein au bonheur. Et 18 ans plus tard c'est toujours ainsi que ça se passe. Mes craintes envers autrui sont diligentées par ma culpabilité : j'ai peur de déranger. Or la culpabilité est un sentiment solitaire, il n'y a que la communication qui peut casser ce cercle.

Et puis, je traîne la honte, parce que j'ai peur du regard des autres, j'ai peur du rejet ; et aussi  parce que j'ai peur de la colère de ce criminel, j'ai peur de la colère de mes parents, et bien oui puisque je me sens coupable !  Sartre parle de la honte en tant que "hémorragie de l'âme", et je rajoute il faut panser cette blessure pour enfin penser à la vie, changer sa manière de penser.

Mais comme je suis coupable de cette honte, je porte un certain mépris vis-à-vis de mon corps, je n'ai plus confiance en lui, il n'est plus la pureté, je ne lui donne plus le droit au plaisir. Alors là oui, je respire car je n'ai plus  rien à demander, je maîtrise ma souffrance et je n'ai besoin d'aucune aide. Le plus grand mépris de mon être s'est traduit par l'anorexie. Je n'ai jamais pratiqué l'auto-mutilation, par contre j'ai mutilé ce corps par la drogue, je l'ai abandonné, je l'ai suicidé. Aujourd'hui, il voudrait revivre mais ses diables le hantent, le freinent, le replongent, lui brouillent son processeur. Il a le choix entre la pulsion de la vie et de la mort.

Comme je suis coupable de cette honte, j'ai fui la réalité, comme j'ai fui mon corps, je me suis endurcie, renfermée. Je suis devenue une carapace telle qu'aucune émotion me traverse, aucun désir ne se présente, je refuse la vie.

Disparaître pour anesthésier ces sentiments, je ne peux m'y résoudre alors je erre dans une réalité virtuelle, dans un monde sans existence, où, un jour peut-être, la honte, la culpabilité et les criminels disparaitront, où un jour peut-être, je trouverai la force d'être, d'avoir et de faire.


27/11/2007 16:58
Pudeur et tabou (0 commentaire)

La pudeur est un droit et une convention, une protection de l’intime. Dimension psychologique élaborée dans la petite enfance, construite par l’éducation, elle est importante et subjective. Liée au sentiment de honte, elle relie aussi à la sexualité et au corps, elle est regard de l’intérieur, la volonté de se soustraire à la vision de l’autre, la volonté d’ignorer un certain nombre d’actes, de pensée, de présentation. La pudeur est simplement une armure, son but étant d’empêcher la promiscuité aveugle. Or se poser sur le divan du psy, c’est devenir impudique, oser marquer l’état de guerre entre le soi et le moi, le moi et les autres. Imposée par la civilisation, elle minimisa le risque de rivalité, mais aujourd’hui elle enferme l’amour, tyrannise les êtres.

Le tabou est un terme d’interdiction formelle à tout ordre magique, religieux, rituel, et ce quel que soit le peuple. Le transgresser est synonyme de mort ou d’ostracisme. Le tabou impose une limite à l’homme, « fait pas ci, fait pas ça », « touche pas ci, touche pas là », il ne prescrit jamais l’action mais la freine. Et l’homme obéit parce qu’il craint la maladie, la mort, le châtiment. Tout acte, même le plus inoffensif, peut être considéré comme la cause d’un malheur, même quelques années plus tard. Tout acte fut dicté par un Grand. Le chiffre 13 est l’exemple le plus connu. Mais d’où vient-il ? D’une origine ancestrale, la Cène, où les apôtres furent 13 à table, et deux moururent dans l’année (Jésus et Judas). Le chiffre treize resta synonyme de malheurs. Le tabou trouve son origine en Polynésie, mais c’est surtout une observance religieuse qui maintient cette croyance.

Le tabou fait éviter la parole en se taisant, la pudeur fait éviter la parole en se taisant, tabou et pudeur s’auto-protègent. L’un se protège de la mort, l’autre de la honte, chacun nous oblige à s’enfermer. La pudeur est un sentiment intime qui touche le cœur et l’identité. Le tabou, ou jugement d’autrui, étouffe la confiance que nous dévoilions. Alors que nous réduisons nos craintes en nous présentant de façon authentique, la liberté et la confiance s’envolent parce qu’il y a le tabou.

Désir et séduction sont le dévoilement de la pudeur ; le tabou, d’origine humaine, la tait. Vie et plaisir sont le dévoilement du tabou ; la pudeur, base du soi, l’enferme.


28/11/2007 18:03
Vivre sa honte (1 commentaire)

Je porte un sentiment de honte, un mélange détonnant d’émotions. Elle se cache sous mon silence et aussi sous la peur, la culpabilité, le déshonneur, le désespoir, le vide, la tristesse. Je me sens sale et impudique, je suis la perversité abjecte de l’humain, j’ai honte de me montrer ou être vue. Ca m’embarrasse et ça me gêne, ça m’angoisse et m’empêche d’ouvrir un dialogue. Je pense un mot et les uns connaissent tout, je dis une phrase et les autres me voient nue. Par excès de honte, je suis dans l’oubli et la discrétion, et pourtant je suis arrogante et agressive, quand la peur m’envahit. Par la honte, je ne peux être fière ou égale. Par la honte, je suis soumise. Soumise à quoi me diriez-vous ? A mes phobies, mes angoisses. La honte me pousse au plus profond des contrées de mon âme, je me noie dans un lieu inconnu qu’est mon corps. Serait-ce le pourquoi de mon humanité ? Ben oui, aujourd’hui j’ai également honte de ne pas donner un sens à ma vie, de ne pas être utile et honte de ne pas exister. Anéantissement, confusion et vide, je m’enracine dans le sentiment d’être indigne.

Mais où est-elle née ? Quelque part dans la non-reconnaissance, quelque part dans le mépris et le mensonge, quelque part mais où ? Elle a construit une tranchée dans mon existence en fragilisant mon ego. Elle m’a poussée vers le haut et le bas, expliquant ainsi mon fonctionnement paradoxal, je suis tour à tour soumise et dominante, défensive et attaquante. Elle me mène à croire que je suis incapable, elle me pousse à dire « je ne m’aime pas ». A petites doses, elle pourrait me limiter sans me lapider, elle pourrait me guider vers mon propre respect. Dans sa dimension corporelle, j’associe la honte à la sexualité, ce qui n’arrange pas les choses et en plus j’ai honte de mes besoins affectifs. Saleté, laideur, mon image n’est pas des plus belles, je peux donc renvoyer une image négative. Cette honte excessive me dévore et me désespère jamais je ne grossirai. Fort heureusement, mise à part la nicotine, je n’ai aucune addiction, sinon, ô désespoir, elle me conduirait à chaque fois vers la dépression ou le suicide. J’ai honte de moi parce que j’ai peur du jugement de l’autre et j’ai honte de moi parce que j’ai quelqu’un dans ma vie. Franchement dit entre nous, je n’ai pas honte de moi, mais j’ai honte de moi par rapport aux pensées des autres, j’ai peur de l’humiliation. Mes valeurs et ma place, je les connais, je désire juste être digne, porter mon identité et être juste.

Dans cette bataille que je mène depuis toujours, je porte un sentiment d’impuissance parce que je n’arrive pas à grand chose dans ma construction, je suis un boulet. Impuissance et impasse, bonne définition de ce que je vis, je suis impuissante face au mur que je ne peux surpasser. Alors je me bloque, je suis incapable d’agir ou de dire, et je continue à me cacher, me taire, je réfléchis aux évitements possibles, j’inhibe toute action. Me respecter, prendre soin de moi et être fière de moi, c’est de l’imaginaire.

Je me cache pour éviter de me montrer tel que je suis, pour éviter de dévoiler ma vulnérabilité. C’est à cause de la honte que je n’ai aucune estime pour moi, c’est à cause d’elle que je n’ai pas placé les frontières au bon endroit, c’est à cause d’elle que les autres me regardent et me jugent, et c’est à cause de toute cette cascade de raisons irraisonnées que je ne me supporte plus. Mais voilà, aujourd’hui, tout cela va changer parce que j’ai compris que toi la honte tu n’es que sentiment, sensation, idée incongrue et frein à l’existence.


29/11/2007 12:00
pourquoi j'existe ? (0 commentaire)

Alors ça c’est une notion pas simple à réfléchir. Dictée par la peur, je n’ose rien dire parce que si le résultat s’avère négatif, je file droit vers la mort. Mais non c’est impensable, si je me pose la question c’est que la vie est en moi, et si je suis encore là c’est que je porte une vie, une existence. Et cette existence est la position dans ma vie, où suis-je, où vais-je ? L’existence doit être essence et moi je suis chose parmi les choses. Mais voilà, jusqu’à aujourd’hui panne de gasoil je végétais, et ce matin j’essaie de remplir ce réservoir. Avec quoi, avec qui, et pourquoi, et comment ? Irrationnel, abstrait, et pourtant si réelle, l’existence je la touche mais ne la vois, je la sens mais ne l’entends. Dans les aspect physique, affectif, émotionnel, je ne peux lui apposer une image, elle se veut virtuelle. Elle me fuit depuis toujours, dans mon corps et mon esprit, elle me fuit tout le temps, dans mon temps, dans le temps. Mais il arrive un jour où je l’attrape, c’est aujourd’hui que je commence ma réflexion de l’existence, aujourd’hui que je me pose la question « Pourquoi j’existe ? ».

Souvent j’entends plaisir de vivre, plaisir de manger, plaisir tout court. Est-ce cela ? Ou bien, est-ce le bonheur tout simplement ? Mais quel est ce but, se sentir bien, se sentir vivre. Donner et recevoir, ça me remplit de joie, c’est une source d’énergie : alors c’est exister. Mais aux yeux de qui, de quoi ? Les vôtres ? Les miens ? Je ne m’aime pas et je devrais exister, je me sens aimée et je devrais apprécier. Mais je ne peux pas puisque je n’existe pas encore. Je ne suis pas née, je suis encore dans ma coquille. Ca vient, doucement, mais ça vient, la coquille s’entrouvre, un jour, deux jours, puis se referme. Brrr ! Quel monde horrible, il fait froid, les humeurs sont froides, les gens sont froids. Personne ne peut me réchauffer, je n’existe pas. Il faut naître et affronter pour recevoir la chaleur humaine. Hem ! Je doute de moi, je doute des autres sur cet aspect. Mais bon, va bien falloir avancer là-dessus.

Alors je me positionne en capacité à vouloir naître et me dis : « que viendrai-je faire sur terre ? Pour qui ? Pour quoi ? Et pourquoi ? ». Que pourrais-je venir accomplir sur terre ? Aimer et recevoir beaucoup d’amour. Ah oui ! Ça c’est primordial, je veux recevoir absolument tout l’amour possible. Et là, patatra, j’ai envie de me cacher, de sauter dans ma coquille. Je dois jouer un rôle, ça c’est très délicat, je ne sens pas actrice de ma vie et pourtant je tiens le premier rôle. Vite je dois ressortir, vite je dois courir vers la vie. Pff ! Je l’attrape et je l’accroche pour qui ? Pour moi, ça c’est vite dit. Pour mon enfant, oui. Pour la personne que j’aime, certainement. Pour les autres, moins sûr. Ca suffit à s’accrocher, c’est déjà pas mal. Mais l’amour ne suffit pas à mon existence. Alors pour quoi ? Pour aimer, encore ! Pour apprécier l’humanité, ouh là, ça c’est beaucoup demandé. J’aime discuté et partagé un peu, mais j’aime surtout vivre en autarcie, alors apprécier l’humanité, ce n’est pas gagné. Je porte une image plutôt négative du genre humain, des sentiments de rejet, de violence, de mépris et d’égoïsme, alors je nie l’existence du pour quoi. Sartre disait que l’homme est contraint de vivre avec les autres pour se connaître et exister mais que la vie avec les autres prive chacun de ses libertés. Alors pourquoi je vis puisque je n‘apprécie pas les autres. Parce que je n‘ai pas de liberté, parce que je me prive de ma liberté. Je vis parce que je voudrais aider les autres, comme moi, qui ne se sentent pas protégés, pour les porter un peu, pour les protéger. Et puis je vis aussi pour comprendre toutes ces choses abstraites, toutes ces croyances qui nous forgent l’esprit, pour amener ma part de vérité à la compréhension de l’autre. Je m’apporte sur cette terre pour apprendre à être, à vouloir, à savoir. Je me dépose dans cette humanité afin d’approfondir les réponses à mes questions, afin de partager mes idées, je me dépose délicatement pour vivre un peu dans la tendresse, la délicatesse, je me dévoile discrètement pour devenir visible, je m’ouvre aussi pour accepter les émotions, essence de la vie. Je me libère de ma coquille pour atterrir dans le no man’s land, et là j’ai peur. J’acquière une liberté que je m’interdisais, et j’ai très peur, je doute de moi, je doute des autres, je me sens infiniment petite, inexistante et pourtant je dois exister. Je suis ce que je sais, je voudrais être autre. Ma seule défense : l’écriture. Ma seule protection : ma coquille. Ma seule solution, être en confiance avec moi-même et les autres. Aujourd’hui, je n’ai confiance qu’en mon amie et ma thérapeute parce qu’elles ne me jugent pas. Parce que ces deux personnes me font exister, alors un jour je pourrai laver ma honte, un jour je pourrai naître, exister et être, alors un jour je pourrai me faire confiance.


13/12/2007 9:47
Je n'ai plus peur de la mort (0 commentaire)

Elle est pensée, elle est souhaitée, elle est ignorée, elle est refusée. Mais qui elle est, pourquoi en a-t-on si peur ? Se préparer à mourir : grands mots, pour préparer quoi. Epicure disait « le plus effroyable de tous les maux, la mort, n'est rien pour nous, puisque tant que nous vivons, la mort n'existe pas. Et lorsque la mort est là, alors, nous ne sommes plus. La mort n'existe donc ni pour les vivants, ni pour les morts puisque pour les uns elle n'est pas, et que les autres ne sont plus. » La mort est le néant, la mort ne veut rien dire. Accepter de mourir, c’est accepter de ne plus être et c’est cela qui impose une peur. Chacun sait qu’il vit pour quelque chose, chacun ne sait pas pourquoi, un jour, il s’éteint. Mais seul celui qui vit peut mourir. C’est la notion d’existence et notre conscience qui nous font appréhender la mort. En comparaison au règne animal, on pourrait dire que seul l’homme meurt, parce qu’il se pose la question, parce qu’il instaure des rites, parce qu’il se sécurise en préparant un destin dans le néant. Ou alors l’homme a peur de l’éternel recommencement, et il s’en va parce qu’il s’ennuie, il revient avec des nouveautés, ce qui explique l’évolution sur la Terre. S’appliquer à penser qu’aujourd’hui est le dernier jour rendra toujours la vie meilleure même si l’être dit la vie est un perpétuel recommencement, il n’y a que nous qui la menons et l’amenons, il n’y a que soi qui la guidons, elle ne dépend que de notre moi.

Comment imaginer la mort, comment vivre la mort ? Personne ne pourrait y répondre, on ne vit pas dans la mort. Or ce paradoxe vie-mort est pourtant un phénomène que j’ai l’impression d’avoir vécu parce qu’aujourd’hui je rentre dans la vie. En dissociant mon corps physique de mon esprit réaliste, tout porte à croire que cette enveloppe fut la mort. Ma structure objective ne vivait pas, je ne la sentais pas, ce qui est discutable puisque lorsqu’on sent ce corps subjectif c’est pour dire j’ai mal. Mais maintenant que la vie circule, je sens physiquement le chaud se disséminer, les sensations exister, le subjectif et l‘objectif ne font plus qu‘un. Si la vie est son corps alors oui j’étais en vie, mais si la vie est la sensation de ce corps alors j’étais morte. La mort est la disparition du moi, une définition négative qui ne peut ni se regarder en face, ni penser. Or mon moi a toujours refusé la mort, la fausse mort, la soi-disant liberté, la mort pas suicide, parce que j’aurais refusé de connaître la joie, la vie et l’existence, qui eux sont la Liberté. Je n’ai donc pas vécu la mort puisqu’elle est irrémédiable et irréversible, je l’ai juste ressentie et je sais qu’elle sera inévitable, mais je n’ai pas peur. Elle sera symbole d’une liberté retrouvée, elle sera aussi le parcours d’une vie élaborée, réfléchie et gagnée, et même si elle reste néant pour nous tous, je n’ai pas peur d’une vie délimitée parce que je vis sans limites.





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